1759

1759 version française

Version HTML
Le Français

Impasse à la cour de France

Nous voici à la cour du roi de France, Louis XV. Il dirige la destinée de millions de sujets français en Europe mais aussi dans de nombreuses colonies. L’une d’elle, la Nouvelle-France, lui cause une grande inquiétude. Les Britanniques, qui ont déjà des possessions en Amérique, semblent vouloir conquérir ce territoire français. Pour Louis XV, le conflit semble inévitable.

La déclaration de guerre

Malgré qu'il y ait eu, depuis 1754, plusieurs batailles et escarmouches en Amérique et en Europe, la France et l’Angleterre ne sont toujours pas officiellement en guerre. C'est en 1756 que le roi de France, Louis XV, déclare la guerre à l’Angleterre.

Voici un résumé de cette déclaration :

ORDONNANCE
DU ROI,
Portant déclaration de guerre contre
le Roi d'Angleterre.
Du 9 Juin 1756.
DE PAR LE ROI.
Toute l'Europe sçait que le Roi d'Angleterre a été en 1754 l'agrèsseur des possessions du Roi dans l'Amérique septentrionale, & qu'au mois de Juin de l'année dernière, la Marine angloise, au mépris du droit des gens & de la foi des Traités, a commencé à exercer contre les Vaisseaux de Sa Majesté, & contre la navigation & le commerce de ses sujets, les hostilités les plus violentes.

Le Roi justement offensé de cette infidélité, & de l'insulte faite à son Pavillon, n'a suspendu pendant huit mois les effets de son ressentiment, & ce qu'il devoit a la dignité de sa Couronne, que par crainte d'exposer l'Europe aux malheurs d'une nouvelle guerre.

C'est dans une vûe si salutaire que la France n'a d'abord opposé aux procédés injurieux de l'Angleterre, que la conduite la plus modérée.

En agissant par des principes si dignes de déterminer ses résolutions, Elle est assurée de trouver dans la justice de sa cause, dans la valeur de ses troupes, dans l'amour de ses sujets les ressources qu'Elle a toujours éprouvées de leur part, & Elle compte principalement sur la protection du Dieu des Armées.

ORDONNE & enjoint Sa Majesté à tous ses sujets, vassaux & serviteurs, de courre sus aux sujets du Roi d'Angleterre ; leur fait très-expresses inhibitions & défenses d'avoir ci-après avec eux aucune communication, commerce ni intelligence, à peine de la vie : CAR TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ. Laquelle veut & entend que la présente soit publiée & affichée en toutes ses villes, tant maritimes qu'autres, & en tous les ports, havres & autres lieux de son royaume & terres de son obéissance que besoin fera, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.

FAIT à Versailles le neuf juin mil sept cent cinquante-six.

Le marquis de Montcalm

Même critiqué par le marquis de Vaudreuil et par une majorité de Canadiens, le marquis de Montcalm a réussi à repousser les assauts britanniques depuis son arrivée en Nouvelle-France. Écoutons-le se présenter.

Je me présente : LOUIS-JOSEPH marquis de MONTCALM, seigneur de Saint-Veran, Candiac, Tournemine, Vestric, Saint-Julien et Arpaon, baron de Gabriac, lieutenant général des armées en Nouvelle-France.

Je suis né au château de Candiac près de Nîmes, en France, le 28 février 1712. J’appartiens à une famille ancienne et distinguée de la noblesse française.

Mon passé militaire est tout aussi reluisant. À l’âge de neuf ans, le 16 août 1721, je reçus une commission d’enseigne dans le régiment de Hainaut. Huit ans plus tard, j’obtins, à fort prix, une commission de capitaine dans le même régiment.

Au cours de la guerre de la Succession de Pologne, je servis en Rhénanie dans les armées commandées par le maréchal de Saxe et le maréchal duc de Berwick.

Au moment où éclata la guerre de la Succession d’Autriche, j’obtins le poste d’aide de camp du lieutenant général marquis de La Fare et je fus blessé pendant le siège à Prague. Le 6 mars 1743, j’acquis la charge de colonel du régiment d’Auxerrois et fus honoré du titre de chevalier de Saint-Louis en avril de l’année suivante. N’y a-t-il pas là la preuve que je me suis toujours conduit avec distinction?

En juin 1746, toujours face aux Autrichiens, j’ai été blessé et fait prisonnier lorsque mon régiment a été anéanti.

Après 31 ans dans l’armée, je comptais déjà 11 campagnes et cinq blessures.

Au printemps 1756, je fus nommé maréchal de camp pour les opérations en Nouvelle-France.

On m’accorda, à l’automne de 1758, une promotion au grade de lieutenant général : rien de moins que le deuxième degré dans la hiérarchie militaire française.

Étant donné qu’un lieutenant général occupe un rang beaucoup plus élevé qu’un gouverneur général de colonie, je me vois confier pour la défense de Québec, face au général Wolfe, le commandement de toutes les forces militaires au Canada.

Pourquoi faire la guerre?

Les motivations à faire la guerre sont souvent reliées à des questions d’argent ou de territoire. L’Amérique offre des possibilités infinies pour l’exploitation de richesses naturelles. Aucun doute possible, le territoire est un enjeu important. Mais quelles sont ces richesses naturelles qui font tant l’envie de la France et de l’Angleterre?

Le recrutement des soldats

Afin de garnir ses rangs, l’armée française envoie ses sergents recruteurs dans tout le pays à la recherche de nouveaux soldats. Nous en retrouvons un dans cette taverne enfumée sur le point d’inscrire une nouvelle recrue

Êtes-vous de taille?

Le sergent recruteur cherche dans les tavernes ses futurs candidats. Les sens affaiblis par l’alcool, ils sont plus faciles à convaincre. Mais avant d’entrer dans l’armée, la recrue doit remplir un certain nombre de conditions.

Dans l’armée française, la technique de recrutement est fort simple. Un officier vêtu de son plus bel uniforme cherche des jeunes hommes en quête d’argent et de dépaysement. Une fois trouvée, la nouvelle recrue se laisse séduire par de beaux discours où l’on y raconte les joies de l’aventure, de l’exotisme et la fortune à faire dans les colonies. Le recruteur cherche de jeunes hommes en bonne santé, de constitution robuste, ayant au moins 16 ans, mesurant au minimum cinq pieds et quatre pouces et pratiquant préférablement un métier.

L'inscription

Après avoir signé le contrat d’engagement, le nouveau soldat doit remplir une fiche d’inscription où l’on retrouvera les données nécessaires à son identification.

Voici la fiche authentique du soldat Galles, enrôlé au printemps 1745. Il participera, sous les ordres du marquis de Montcalm, à de nombreuses batailles en Amérique.

Joseph GALLES dit l'éveillé
fils d'André Galles et d'Isabelle ESCAND
Natif de Mont St Pront en Agenois
Ville de Mont StPront
âgé de 21 ans, taille de 5 p [pieds] 2 p [pouces] 4 l [lignes]
cheveux chataings, sourcils noirs
visage brun, yeux roux, nez large
un peu marqué de petite vérole
Enrôlement du 1er avril 1745.

Une activité développée avec Flash suit ce texte.

La p rovenance des soldats

La plupart des régiments professionnels présents en Amérique viennent de l’Europe. Mais de quelles régions de la France proviennent les soldats qui se battent à Québec et combien sont-ils à l’été de 1759?

Une activité développée avec Flash suit ce texte.

L'uniforme

La nouvelle recrue se réveillera le lendemain matin avec un énorme mal de tête... et un nouveau travail de soldat. Il pourra jeter ses vieux vêtements pour enfiler son nouvel uniforme qu’il devra porter pendant deux ans.

L’uniforme propre et rutilant des défilés militaires est loin de correspondre à la réalité des soldats en campagne. Ils disposent généralement d’un seul habit qui est très souvent usé, déteint, sali, rétréci, raccommodé. Les soldats reçoivent un habit neuf aux deux ans.

Les simples soldats doivent entretenir leurs vêtements sous peine de punitions. C’est ainsi qu’ils brossent, lavent et réparent eux-mêmes leurs vêtements, leurs chaussures et leurs pièces d’équipement car les inspections des supérieurs sont fréquentes.

Lorsque les militaires ne sont pas en garnison, ils peuvent porter l’uniforme différemment. Au camp, il n’est pas rare de les voir en tenue plus relâchée (chemise et culotte) quand ils se reposent ou accomplissent de menus travaux.

La solde

Après la signature de leur contrat, plusieurs hommes s'encouragent en se disant qu’il vaut mieux être dans l’armée que de traîner dans les campagnes, souvent sans toit, sans argent et sans nourriture. Mais on ne joint pas l’armée pour devenir riche...

Le soldat qui croyait s’enrichir et vivre de belles aventures dans la colonie est vite déçu. Il est très peu payé. La solde totale ou le salaire est de 108 livres par année, avant les déductions obligatoires. Un ouvrier pouvait gagner 360 livres par année et un forgeron, 1000 livres. Mais le soldat subissait des déductions pour l'habillement, pour l'état-major, pour la nourriture, pour la caisse des Invalides de la Marine et pour toute autre nécessité. Au bout du compte, il ne lui restait guère qu'une cinquantaine de livres pour ses dépenses personnelles. Autrement dit, le soldat gagne un tiers du salaire d’un ouvrier, tout en étant logé et nourri.

La hiérarchie : la bonne carte au bon endroit

La hiérarchie militaire française est très développée et doit être rigoureusement respectée. Les soldats jouent régulièrement aux cartes et, bien que ressemblant à celles d’aujourd’hui, elles ne comportent pas de chiffres et les personnages ne sont pas tête-bêche (endroit et envers). Il faudra attendre l’année 1828 pour voir apparaître le premier jeu de cartes, tel qu’on le connaît maintenant.

Une activité développée avec Flash suit ce texte.

Une stratégie défensive

La crainte d’un affrontement est justifiée. Les Britanniques sont devant Québec, la ville est assiégée. Le marquis de Montcalm a pris quelques mois pour préparer sa stratégie défensive. Il concentre ses forces sur la côte de Beauport et y installe son quartier général. Avant d'agir, il attend patiemment que le major général Wolfe passe à l’attaque.

Les ouvrages défensifs

Au printemps 1759, tous les efforts du marquis de Montcalm sont mis dans la préparation et la construction d’ouvrages défensifs. Les soldats sont de corvée et ils travaillent sans relâche à l’élaboration de la stratégie du général. Toute la défense de Québec est orientée du côté est de la ville et sur la côte de Beauport car le marquis de Montcalm croit fermement que le général Wolfe y débarquera. Voici les principaux ouvrages défensifs des forces françaises.

Une activité développée avec Flash suit ce texte.

Une trève forcée

Pendant cette guerre, il est très rare de voir des combats pendant l’hiver. Les rivières et les lacs sont gelés. Il n’y a aucun navire qui peut remonter le fleuve Saint-Laurent. C’est un moment de trève et de repos forcés pour tous les guerriers. Écoutons ce qui occupe le militaire français durant la saison froide.

Lorsque l’hiver arrive, la guerre s’arrête au Canada. Le froid et la neige rendent impossibles tous les mouvements militaires. Les soldats se retrouvent donc en quartiers d’hiver chez l’habitant. Ils iront vivre quelques mois chez les fermiers qui leur donnent de la nourriture et un toit pour dormir, en échange de leurs services pour les travaux de la ferme.

Puis, l'attente...

La vie de garnison pour les soldats est souvent très ennuyante car leur travail est routinier. Ils réussissent malgré tout à se désennuyer en s’adonnant à quelques passe-temps.

Une activité développée avec Flash suit ce texte.

L’attaque de la chute Montmorency

Pendant les deux mois que dure le siège, les habitants de Québec suivent le déroulement des combats et s’encouragent le plus possible avec les bonnes nouvelles. Voici comment une religieuse des Ursulines raconte la bataille de la chute Montmorency.

Le 31 juillet les Anglais tentèrent de forcer les lignes françaises, Beauport, en attaquant l’aile gauche de l’armée de Montcalm. Ayant élevé des batteries à l’Ange Gardien, 6000 Anglais se déployèrent en face sur la plage, tandis que 2000 autres remontaient la rivière Montmorency, pour la passer à gué, et prendre à dos nos troupes. Mais les décharges des Canadiens furent multipliées et si terribles que les ennemis, tourbillonnant pêle-mêle, furent heureux de profiter d’un orage qui survint pour se rembarquer en toute hâte sur leurs vaisseaux; dix pièces de canon en avaient fait taire cent dix-huit!

Ce combat glorieux avait eu ses victimes ; nos soldats mourants et blessés furent transportés à l’Hôpital. Les blessés anglais reçurent la même charité, malgré la fureur des sauvages, qui voulaient leur lever la chevelure suivant leur usage.
Texte inspiré de : Les Ursulines de Québec...

Alerte rouge : l'ennemi est là!

Pour les Français, la surprise est complète. Les manœuvres des navires anglais devant Beauport ont réussi à faire diversion : les Britanniques escaladent la falaise à l’Anse-aux-Foulons. Rapidement, le marquis de Montcalm regroupe une partie de ses soldats professionnels et y joint des miliciens et des Amérindiens. Vers dix heures, environ 4500 hommes sont alignés face à l’armée du major général Wolfe sur les hauteurs d’Abraham.

Une identité, un signal : un drapeau

Sur le champ de bataille, au milieu de la fumée et des bruits, il arrive parfois que le soldat ne s’y retrouve plus. La solution : chercher le drapeau de son régiment.

Contrairement aux régiments britanniques, les régiments français ont des drapeaux beaucoup plus simples. Il n’y a aucun numéro et aucune écriture. Tout comme les drapeaux britanniques, on compte un drapeau régimentaire et un drapeau d’ordonnance par régiment français. La plupart des drapeaux français sont composés de cantons de couleurs différentes, mais on pourra voir, à l’occasion, une représentation d’une couronne ou, plus fréquemment, la représentation de la fleur de lys.

La fabrication des cartouches

Sans cartouches, le fusil du soldat devient inutilisable. C’est la responsabilité de chaque homme de fabriquer correctement ses propres munitions. Lors de la confection des cartouches, le militaire prend soin de bien les fermer pour ne pas se retrouver, au moment du combat, avec des contenants de papier vides entre les mains.

Pour pouvoir utiliser son arme, le soldat doit obligatoirement avoir des cartouches composées de papier, d’une balle et de poudre noire.

Chacune des cartouches utilisées par les soldats est faite à la main, une par une.

On prend une feuille de papier qui doit être coupée en biseau. On enroule le papier autour du bâton afin de faire un cylindre. On ferme le cylindre à une extrémité.

Il ne reste plus qu’à mettre la poudre et la balle et de refermer le tout. On pourra prendre soin, selon le cas, de ficeler les extrémités. Finalement, afin de prévenir les explosions, on doit éliminer toutes les sources possibles d’étincelles.

Les soins aux blessés

Des victoires, des défaites, des morts et des blessés, voilà le lot de toutes les guerres. Écoutons ce qu’a à dire ce chirurgien français au sujet de son travail.

Le 13 septembre 1759, on m’apporta le soldat Bastien dit Marche-à-Terre. On me dit qu’il avait été blessé d’une balle à la jambe gauche. On le déposa sans tarder sur la table d’opération de ma tente. Je ne pus épargner à ce pauvre homme la vue de mes instruments chirurgicaux ensanglantés.

Je lui offrit un peu de rhum pour le calmer. J’en pris également quelques gorgées, discrètement, pour me remettre de la précédente opération qui avait malheureusement eu peu de succès. Après quelques moments de vérification, je pus conclure que la balle serait impossible à extraire parce qu’elle avait probablement explosé contre l’os. Une amputation en bas du genou serait absolument nécessaire afin d’éviter la gangrène.

J’installai le tourniquet afin de bloquer l’afflux sanguin. Je pris ensuite mon scalpel pour couper les premières couches de peau. Il se mit à crier et à m’insulter. Les hurlements du patient et ses mouvements brusques me contraignirent à demander à mes assistants de l’immobiliser. Une fois les muscles atteints, j’utilisai le srand couteau de chirurgie. Le malheureux s’évanouit et demeura ainsi jusqu’à la fin de l'opération.

Je me servis du senaculum pour piquer les artères et les veines. Ensuite, je dus couper l’os avec la scie chirurgicale. L’opération étant terminée, il ne me resta plus qu’à coudre la plaie avec du fil ciré que le cordonnier m’avait donné en quantité suffisante.

Le sort en est jeté

La bataille est maintenant inévitable. Elle aura lieu sur les hauteurs d'Abraham. Écoutez comment quatre témoins racontent ce drame : un aide-de-camp du général Montcalm, un Canadien employé au magasin du Roy, le lieutenant John Knox de l'armée de Wolfe et le guerrier huron Petit Étienne.

Le 12 septembre, à bord du navire Sutherland...

Le Britannique :
La force de l’ennemi est maintenant divisée, il y a une grande pénurie de vivres dans leur campement, et le mécontentement s’est répandu dans les rangs des Canadiens : Le 13, avant le lever du jour, nous irons à l’assaut de la rive nord.

Pour ce débarquement, nous disposerons de trente bateaux à fond plat transportant environ seize cents hommes. La surprise sera grande pour l’ennemi, qui ne se doutera de rien à cause de la position avantageuse du lieu et, par conséquent, ils ne seront pas préparés à résister à une aussi audacieuse tentative.

En ce moment le matin du 13 septembre...

Le Canadien :
À la pointe du jour les ennemis ont débarqué à l’Anse des Mères …le factionnaire ayant entendu nager a crié qui vive, on a répondu en bon français provisions, et on a pris cela pour argent comptant d’autant qu’il devait passer des batteaux chargés de vivres, et l’ordre ayant été donné pour ne pas tirér dessus.

Le Britannique :
Cette grande entreprise est menée et exécutée dans le plus grand ordre et très discrètement.

Dès que nous atteignons le sommet, tout est calme et on n’entend aucun tir, grâce au comportement extraordinaire de l’infanterie légère menée par le Colonel Howe; il fait déjà jour.

Le Canadien :
Ils montent aussitôt la coste et en très peu de temps pénétrent chez Borgia Levasseur, ils s’emparent de la maison et de la grange ainsi que des maisons de St-Joseph.

Pendant ce temps à Beauport...

Le Français :
Un Canadien nous conte avec toutes les marques de la peur la plus décidée qu’il a seul échappé à la mort et que l’ennemi est sur la hauteur. Nous connaissons si bien les difficultés de pénétrer par ce point, pour peu qu’il soit défendu, que nous ne croyons pas un mot du récit d’un homme à qui nous croyons que la peur a tourné la tête.

Un peu plus loin...

L’Amérindien :
J’accompagne mon grand-père Tsa-wa-wan-hi, le grand chef des Hurons, quand nous joignons l’armée à Beauport avec 60 ou 70 de nos hommes matures, en plus de quelques jeunes hommes. On entend même la mousquetterie. Nos guerriers se précipitent de l’autre côté de la rivière Saint-Charles, afin de prendre part à la bataille

Le Français :
Je cours et trouve M.de Pontleroy, avec qui je monte sur la hauteur sans suivre de chemin que celui que le sifflement des balles nous indique.

Sur les plaines d’Abraham...

Le Canadien :
Les canadiens y accourent et se fusillent beaucoup mais comme le nombre des ennemis augmente de moment en moment, nos miliciens tirent d’un costé et d’autre sans faire un corps capable de tenir aux ennemis;

Le Français :
Nous joignons M. le marquis de Montcalm, qui rangea ses troupes en bataille, à mesure qu’elles arrivent. Les ennemis sont déjà formés et se retranchent, leur droite au fleuve et leur gauche au chemin Sainte-Foye. Ils paraissent être au moins quatre mille hommes, divisés en trois corps. Nous avons quelques pelotons en avance qui fusillent à la faveur des broussailles.

Le Britannique :
Le temps est à l’averse : il est environ 6 heures du matin et l’ennemi se présente sur les hauteurs, entre nous et la ville. Québec est droit devant nous, à l’est de notre position, l’ennemi est sous les murs.

Le Français :
Toutes nos troupes sont alors arrivées. Je m’arrête un moment avec M. le marquis de Montcalm qui me dit : « Nous ne pouvons éviter le combat. L’ennemi se retranche; il a déjà deux pièces de canon. Si nous lui donnons le temps de s‘établir, nous ne pourrons jamais l’attaquer avec le peu de troupes que nous avons. »

Le Britannique :
Il est dix heures du matin, l’ennemi commence à avancer sur trois colonnes,deux des colonnes avancent plutôt vers la gauche de notre armée, et la troisième vers la droite, et elles font feu obliquement sur les deux extrémités de notre ligne de bataille, à une distance de cent trente, jusqu’à parvenir à une distance de quarante verges; nos troupes offrent une solide résistance et font preuve de beaucoup d’intrépidité, continuant de réserver leur tir et se conformant strictement aux ordres de leurs officiers.

L’Amérindien :
Mon grand-père est trop âgé pour maintenir le rythme de ses guerriers. Il veut que je l’accompagne, mais au moment où il aperçoit les Hurons… il m’ordonne de retourner d’où nous venons. Je lui obéis, mais ne reviens sur mes pas que sur une courte distance. Je me cache pour observer ce qui se passe. Je ne vois pas grand chose de la bataille.

Le Canadien :
Les troupes de terre marchent au centre et celle de la marine et les canadiens sont sur les ailes, il donne cet ordre à la demie portée du fusils des ennemis qui les attendent de pied ferme…ce fut alors que le grand feu commença de part et d’autre…

Le Français :
Nos troupes partent en courant et en jetant de grands cris; elles s’arrêtent pour faire une décharge générale. Le premier rang français et canadien met un genou à terre et se couche après la décharge.

Le Britannique :
En formant la ligne de bataille, le général ordonne au régiment d’ajouter une balle additionnelle dans leur fusil. L’ensemble de nos troupes, particulièrement le corps d’armée central, se redresse et fait feu.

Le Canadien :
Messieurs de Sennezergue et de Fontbonne, l’un commandant et brigadier et l’autre commandant ont été tués sur le champ de bataille

Le Français :
L’ennemi riposte par un feu de peloton très vif. À l’instant nos troupes firent demi tour à droite et s’enfuirent à toutes jambes.

Le Britannique :
Sur ce, ils abandonnent et s’enfuient précipitamment, de sorte que, lorsque le nuage de fumée se dissipe, nos hommes ont eu le temps de recharger et, profitant de l’avantage dont nous disposons, de les poursuivre presque jusqu’aux portes de la ville et jusqu’au pont enjambant la petite rivière; nous redoublons le tir avec ardeur et faisons de nombreux prisonniers parmi les officiers et les soldats.

L’Amérindien :
J’entendis par la suite des guerriers raconter qu’ils avaient beaucoup tiraillé sur l’ennemi mais que dès que le général Montcalm avait donné l’attaque tout s’était déroulé trop vite et qu’ils n’avaient eu d’autres choix que de retourner vers leur village de Lorette.

Le Français :
Le désordre est si grand que les Anglais pourraient entrer dans la ville, pêle-mêle avec les fuyards, et nous couper le chemin du camp. L’on s’arrête enfin sous les murailles de la place où la peur fait entrer plus de huit cents hommes de tous les corps.

Le Britannique :
Toutefois, notre enthousiasme devant cette réussite est considérablement refroidi par la perte de l’un des plus grands héros que notre époque, ou toute autre époque, ait connue : le général James Wolfe, mortellement touché au moment où il consacrait toute son énergie à combattre à la tête des… grenadiers de Louisbourg.

Le Canadien :
Monsieur le marquis de Montcalm lieutenant général est mort de ses blessures et a été enterré aux ursulines; cette perte doit être sensible à l’état et encore plus à tous les canadiens…

À Cap-Santé, 10 jours plus tard...

Le Français :
Je n’ai plus que de malheurs à écrire; vingt fois j’ai pris la plume et vingt fois la douleur l’a fait tomber de mes mains. Comment me rappeler une suite d’évènements aussi assommants…? Nous étions sauvés, et nous sommes perdus!
Texte inspiré de : Journal du marquis de Montcalm...; The Siege of Quebec...; Journal du siège de Québec;Les Hurons et la...

Le Français  •  Le Britannique  •  Le Canadien  •  L'Amérindien

Accueil   Plan du site   Liens   Crédits   Glossaire   Guide pédagogique   Sources   Courriel   Version Flash   English Version
© Commission des champs de bataille nationaux 2005